Vivre avec un Corgi – la reproduction

En quelques mots

La bonne reproduction d’un chien est de race est compliquée, et souvent déficitaire, car de nombreuses étapes sont nécessaires pour, outre le respect du standard, garantir la santé des chiots à naître, et ne pas créer d’impact sur la qualité du cheptel. Il existe également une législation à prendre en compte pour être autorisé à céder les animaux.

Préambule

Reproduire son animal peut être une formidable expérience et peut permettre de donner une certaine éternité aux caractères de votre toutou et à ce qui vous plaît chez lui, mais il s’agit également d’une science, qui nécessite de nombreuses connaissances pour être pratiquée correctement.

On rencontre souvent les deux points de vue concurrents sur le sujet. Il y a d’une part certains éleveurs ou passionnés qui considèrent que la pérennité d’un cheptel sain doit se faire par une reproduction maîtrisée uniquement par des professionnels ou pour le moins des gens d’expériences. Il y a d’autre part les particuliers qui souhaitent uniquement “faire faire des bébés à leur chien”.

Nous pensons qu’il est possible de concilier les deux visions en incitant les premiers à transmettre leurs savoirs aux seconds moins expérimentés. C’est ce que nous avons essayé de faire avec cet article, dont le principal conseil reste, comme pour chacun de nos articles, de vous rapprocher de professionnels sérieux et de vétérinaires, et de vous appuyer sur leur savoir.

Les motivations

C’est le plus important. Eleveur est un véritable métier. Vous devez donc vous poser la question de pourquoi vous souhaitez faire reproduire votre animal, et si ces motivations sont judicieuses. Les raisons peuvent être multiples, bonnes, comme mauvaises. Pesez très soigneusement le pour et le contre à l’aide des éléments ci-dessous ainsi que des conseils que pourraient également vous donner des éleveurs, des sites spécialisés, ou des clubs de race, voire faire une formation adaptée[1], obligatoire dès la seconde portée annuelle[2].

En ce qui concerne la motivation financière, nous vous invitons à vous renseigner sur les coûts des différentes choses exposées ci-dessous. L’élevage, quand il n’est pas pratiqué de manière professionnelle, n’est pas un business rentable. En effet, non seulement l’investissement initial est très élevé, mais le nombre de chiots en bonne santé n’est pas garanti, et des complications de santé sur la mère pourront engendrer des frais extrêmement importants. Il est assez fréquent, même parmi les professionnels, qu’une ou plusieurs portées ne couvrent même pas les frais déboursés.

L’aptitude à la reproduction

C’est la deuxième questions à se poser. Lorsqu’on décide de reproduire un chien de race, il existe des recommandations établies par la société centrale canine, et la commission d’élevage du club de race. Elles prennent notamment en compte les faiblesses génétiques de la race et ont donc pour but de maintenir un cheptel sain.

Si le chien ne correspond pas à ces critères, aussi bien morphologiques, physiologiques qu’au niveau du caractère, cela certes ne l’empêchera peut-être pas physiquement de se reproduire, mais il y aura un risque pour que les traits génétiques transmis aux chiots soient néfastes voire létaux. Sur quelques générations, cela pourra également engendrer une dégradation notable du cheptel[3].

Les recommandations de la commission d’élevage du club [4] sont :

  • Confirmation LOF – le chien doit avoir été confirmé par un juge autorisé, et le papier transmis à la SCC.
  • Test de la dysplasie des hanches – il s’agit d’une maladie qui entraîne une malformation des coudes et des hanches, qui peut potentiellement entraîner également une paralysie dans sa forme la plus grave. Elle peut être complètement invisible avant de se déclarer.
  • Test ophtalmologique des tares oculaires – il existe une faiblesse aux yeux qui peut se manifester dans le cheptel des Corgis. Elle peut rendre un chien aveugle.
  • Test ADN des tares oculaires
  • Test de caractère (idéalement par le club de race)
  • Identification ADN – cette identification permettra d’établir les filiations avec certitude et donc de garantir la génétique du chien. C’est également un plus certain en cas de vol de l’animal.

Demander la cotation au Club de race.

Cette étape est impérative pour trouver un chien dont les tests ont bien été enregistrés. Cette cotation est déterminée par une lecture officielle des radios de Dysplasies par le vétérinaire du Club de Race, l’enregistrement du résultat des autres tests et les résultats en Exposition. La cotation est l’unique moyen de s’assurer que tous les tests ont bien été pratiqués dans les règles.

Les vaccins

Les animaux doivent absolument être à jour de leurs vaccins obligatoires. Nous conseillons également pour les reproducteurs le vaccin contre l’herpès, qui n’est pas obligatoire mais qui est une maladie potentiellement mortelle pour les chiots et sexuellement transmissible[5] !

Nos recommandations

En compléments de celles-ci :

  • Radiographie des coudes, principalement pour les Cardigans, permet d’éliminer définitivement les risques de dysplasie.
  • Tests de la maladie de Von Willebrand – il s’agit d’une déficience d’un des facteurs permettant la coagulation, qui n’est pas fatale mais peut entraîner de graves complications en cas de blessures ou d’opération si le vétérinaire n’est pas prévenu.
  • Tests de la myélopathie dégénérative – il s’agit d’une maladie du système nerveux potentiellement fatale.
  • Test ADN pour le gène Bobtail Naturel, si votre chien ou l’un de ses parents est « Natural Bobtail » – Pembroke uniquement – vous pourrez trouver plus bas l’explication sur l’importance de ce test.
  • Echographie cardiaque – pour vérifier l’absence de malformations transmissibles aux chiots.
  • Test ADN pour le gène “Fluffy” – dispensable.
  • Faire quelques expositions, pour “confronter” votre chien à un juge et valider sa conformité au standard de race.

Le nécessaire

Il existe un certain nombre de choses nécessaires. Il ne s’agit pas que d’éléments matériels. En premier lieu, s’occuper d’une portée prend beaucoup de temps : il faut surveiller les bébés, la mère, les nourrir, nettoyer les saletés, changer l’eau, socialiser les bébés … Comptez 3 à 5 heures par jour grand minimum. Il peut y avoir des soucis et par exemple le biberonnage pourrait vous monopoliser une grande partie de la journée.

Ensuite, il faut du matériel (liste non exhaustive) :

  • Une place pour les chiots dans une pièce bien isolée, avec du chauffage, et qui puisse être fermée. La législation dispose que les professionnels doivent avoir un bâtiment dédié,
  • Un parc à chiot,
  • Des gamelles pour la nourriture et l’eau,
  • Une lampe chauffante,
  • Des joujoux,
  • Des dodos,
  • Des couvertures,
  • Des alèses/pads …

Ce qui entraîne également des dépenses supplémentaires en eau, et en électricité.

Enfin, la gestation et les chiots vont engendrer un certain nombre de frais vétérinaires :

  • Echographies,
  • Radiographies,
  • Visites régulières,
  • Insémination artificielle,
  • Vaccins,
  • Puces
  • Nourriture adaptée, compléments alimentaires, etc…

Maintenant que vous avez évalué votre budget, et vérifié si votre animal est apte à la reproduction, passons maintenant au choix du partenaire.

Créer un mariage

Avant de décider d’un autre animal pour le mariage, il existe là encore trois questions à se poser.

  1. Est-ce que l’autre animal a bien été testé de la même manière que le vôtre ?
  2. Quelle est la compatibilité génétique ?
  3. Est-ce que le mariage produira des chiots qui auront les caractéristiques de la race : santé, morphologie et caractère ?

Quelques mots sur les façons de trouver un étalon ou une lice.

En premier lieu, votre éleveur pourra vous donner des pistes. Ensuite, nous ne saurions que trop vous recommander de vous référer au site internet du Corgi Club de France qui a des annuaires des chiens cotés, dont les tests ont été enregistrés. Enfin, vous pouvez vous référer à votre relationnel : amis, etc. Nous vous conseillons d’éviter les sites d’annonces en ligne, source de nombreuses arnaques et dont les annonces ne présentent que des garanties déclaratives. Les annonceurs de bonne foi sont souvent également mal renseignés et proposent des saillies ou lices dangereuses (chien trop jeune, non testé, etc).

La compatibilité génétique

Il est recommandé que le mâle et la femelle partagent moins de 6,5% de matériel génétique en commun si vous n’êtes pas un éleveur maîtrisant parfaitement les lignées de vos chiens.

A l’aide du pedigree des deux chiens, vous allez d’abord vérifier s’il existe dans la généalogie des ancêtres communs. Il existe ensuite une méthode mathématique permettant de calculer le pourcentage. Vous en trouverez le récapitulatif ici : http://www.agorat.org/articles/Méthode_de_calcul_du_taux_de_consanguinité

Le tableau ci-dessous vous montre l’ADN partagé entre un chien et ses ancêtres :

 

 

La transmission des caractères

Une courte synthèse : un gène peut être dominant (D) ou récessif (R). Chaque individu possède deux copies d’un même gène.

  • S’il est DD : le caractère sera le D
  • S’il est DR ou RD : le caractère sera le D
  • S’il est RR : le caractère sera le R

Quelques exemples :

Le gène “Fluffy” est récessif. Il faut que les deux parents en possèdent une copie pour qu’il soit exprimé chez un de leurs chiots, qui doit avoir reçu une copie du père et une copie de la mère.

Le gène queue courte/cul d’ours, ou natural bobtail (dit NBT) est dominant. Il suffit qu’un seul des deux parents soit porteur pour que le caractère soit transmis. Il s’agit d’un cas particulier pour lequel porter deux copies du gène peut provoquer un décès intra-utérin. Nous vous conseillons de bien lire les études d’Anne Indergaard qui font autorité sur le sujet, une synthèse de ses travaux est disponible à cette adresse : https://www.welshcorgi-news.ch/Gesundheit/Bobtails_eng.html

Le bleu merle chez le Cardigan est dominant lui aussi. Lorsqu’un bébé en reçoit deux copies, son pelage sera dit “blanc envahissant”, et il y a un très gros risque qu’il déclenche une cécité et une surdité rapidement. Le mariage de deux Cardigans bleu merle est donc formellement interdit.

Il est à noter que chez le Cardigan la génétique des couleurs de robe est très complexe. Vous pourrez trouver des détails sur la génétique des robes ici : http://www.doggenetics.co.uk/

La morphologie, la santé, le caractère.

Les différents tests pratiqués sur les chiens doivent permettre de couvrir en grande partie ces points. Il ne faut pas faire reproduire un animal en mauvaise santé ou avec un “mauvais caractère” juste parce que sa physionomie est plaisante. Il transmettra aux chiots au moins une partie, si ce ne sont tous ses défauts ! Il est donc recommandé de prendre conseil auprès de plusieurs spécialistes de la race, en premier lieu votre éleveur, avant le mariage ! Eux seuls ont le recul pour en envisager correctement le résultat, recul qui est la résultante de très nombreuses années d’expériences. Vous pouvez également vous référer à la commission d’élevage du Corgi Club de France pour obtenir de nombreuses informations. Nous vous conseillons vivement d’adhérer à celui-ci avant une reproduction.

Un dernier point : malgré un choix soigneux, et des reproducteurs parfait, la génétique est une loterie, les chiots peuvent ne pas ressembler aux parents, et prendre tout le meilleur comme tout le pire. Et à l’intérieur d’une portée il peut également y avoir de grande différences entre les chiens …

Des reproductions limitées

Il existe une limite physique au nombre de reproductions possibles pour un chien. Vous trouverez de nombreuses informations pratiques sur l’éthique de la reproduction sur le site Canis Ethica : http://www.canisethica.org/actions/ethique-en-elevage/nos-demandes-precisions/

Pour une femelle, il convient de limiter le nombre de portées et leur fréquence pour réduire les impacts sur sa santé. Il faut également éviter au maximum de faire reproduire une chien trop jeune qui aura ses premières chaleurs avant la fin de sa croissance, ce qui l’abîmera définitivement.

Le site Canis Ethica indique qu’en-dessous de 20kg la mise à la reproduction doit être faite uniquement à partir de 18 mois et jusqu’à 8 ans grand maximum, pour 3/4 portées au total.

Pour un mâle, les saillies altèrent le caractère à cause des pics de testostérone qu’elles provoquent. Saillir trop souvent risque de le rendre agressif avec le temps, en particulier avec les autres mâles. Trop de saillies vont également altérer le cheptel, en y insérant de force le patrimoine génétique du chien. Il est recommandé qu’il ne soit pas le parent de plus de 5% des chiots nés dans la race. Pour le Pembroke, cela représente environ 10 chiots par an et par reproducteur.

Il est intéressant de procéder à des inséminations artificielles pour améliorer les chances de succès de la saillie, et éviter de faire subir un coït qui peut être violent chez les chiens, tant à la femelle qu’au mâle – il y a par exemple assez fréquemment des fractures péniennes … Il existe également des Maladies Sexuellement Transmissibles chez le chien qui peuvent être évitées par ce biais.

Les formalités légales

Un petit mot sur les formalités légales, pour finir cet article. Depuis l’ordonnance du 7 octobre 2015 relative au commerce des animaux de compagnie, un particulier est considéré comme éleveur dès la première portée. A ce titre, il doit donc se conformer aux directives fixées par cette ordonnance et dont vous pourrez trouver le détail ici : http://www.net-iris.fr/veille-juridique/actualite/35014/animaux-de-compagnie-commerce-et-protection.php

Concernant les formalités d’inscription de la portée au LOF, vous pouvez vous renseigner directement sur le site internet de la SCC : http://www.scc.asso.fr/Certificat-de-saillie

Conclusion

Tous ces conseils peuvent paraître lourds. Cependant, que ce soit par effet de mode sur les animaux de race, par envie, par négligence, de nombreuses personnes, bien comme mal intentionnées, font reproduire leurs animaux dans de mauvaises conditions. Le cheptel du Corgi est encore parmi les plus sains en France, et il est souhaitable que les reproductions continuent au maximum à être maîtrisées pour éviter qu’il se dégrade comme celà a pu être le cas par le passé avec certains cheptels, notamment le bouledogue anglais en Angleterre, dont le taux de consanguinité garantie des problèmes de santé plus ou moins graves pour tous les individus…

 

 

[1] Le métier est décrit sur la fiche d’information suivante ; http://www.cidj.com/article-metier/eleveur-de-chiens

[2] http://www.scc.asso.fr/Information-certificat-de-capacite

[3] Chez le bouledogue anglais, par exemple : http://cgejournal.biomedcentral.com/articles/10.1186/s40575-016-0036-y

[4] Les recommandations détaillées peuvent être consultées ici : http://www.welshcorgi.fr/le-club/documents-utiles/directives-commission-elevage

[5] Plus de détails sur le virus de l’herpès canin : http://www.racedechien.fr/sante/herpes-virus